Un homme de 72 ans consulte pour l’apparition brutale, depuis 24 heures, d’un érythème avec sensations de douleurs et prurit de toute la région périnéo-fessière. L’examen cutané ne retrouve pas d’autres lésions. Il est apyrétique. L’interrogatoire ne retrouve pas de notion d’un nouveau topique appliqué dans cette zone. Le patient a eu des soins dentaires à type d’extraction 48 heures auparavant.
Quelle est votre principale hypothèse diagnostique ?
Nous avons retenu le diagnostic de toxidermie à type de syndrome Babouin. Le patient avait en effet reçu en postopératoire immédiat une antibiothérapie par amoxicilline – acide clavulanique. Le syndrome Babouin (baboon syndrome) est une éruption cutanée caractérisée par un érythème symétrique, bien délimité, touchant principalement la région fessière, le périnée et les plis inguinaux (fig. 1), sans symptôme systémique. Son nom a été proposé en 1984 en référence à la couleur rouge vif de la région fessière du babouin. Initialement, ce syndrome concernait les patients qui présentaient l’éruption après sensibilisation préalable à des allergènes de contact, notamment le mercure, puis secondairement exposés au même allergène par voie systémique. Par la suite, en 2004, une clarification a permis de différencier le syndrome Babouin « classique » du véritable SDRIFE, pour symmetrical drug-related intertriginous and flexural exanthema, terme désormais privilégié pour désigner les éruptions de même phénotype clinique déclenchées par l’administration systémique d’un médicament (orale ou intraveineuse) en l’absence de toute sensibilisation cutanée préalable (fig. 2) [1].
Les critères cliniques du SDRIFE reposent sur : une exposition systémique à un allergène (première ou répétée), à l’exclusion des allergènes de contact, un érythème symétrique bien délimité de la région fessière, du périnée, ou en « V » de la région inguinale ou périgénitale, au moins une autre localisation intertrigineuse ou flexurale, une distribution symétrique et l’absence de signes systémiques [1] (tableau I). Les lésions consistent en plaques ou papules érythémateuses avec une fine desquamation superficielle. La topographie prédominante reste le siège et les plis inguinaux (mais l’aspect de « baboon syndrome » est classique mais non obligatoire). Viennent ensuite les régions axillaires, sous-mammaires, le coude et le genou, et puis, rarement, le visage ou le tronc, sans atteinte muqueuse significative [2, 3]. Le prurit est variable, en général modéré.
Le SDRIFE peut se manifester dès la première exposition au médicament. La latence entre la prise[...]
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