Article commenté : BERNIGAUD C, DO-PHAM G, GUICHARD E et al. Combined Oral Ivermectin and 5% Permethrin Cream to Treat Severe Scabies. N Engl J Med, 2026;394:1814-1823.
La gale sévère (profuse ou croûteuse) est une forme rare mais potentiellement mortelle de parasitose, souvent réfractaire aux schémas thérapeutiques classiques. Cette étude randomisée en double aveugle, menée dans 33 services de dermatologie en France, a comparé l’efficacité de l’ivermectine orale à haute dose (400 μg/kg) par rapport à la dose standard (200 μg/kg). Le protocole associait trois prises d’ivermectine (J0, J7, J14) à l’application de crème perméthrine 5 % (J0, J7) et d’un émollient quotidien. L’objectif principal était la guérison à J28, définie par l’absence de sarcopte (microscopie/dermoscopie) à J18 et J21 et l’absence de lésions cliniques actives à J28.
L’analyse principale a porté sur 132 patients (âge médian : 67 ans). Les résultats montrent une absence de supériorité de la haute dose ; le taux de guérison était de 75 % dans le groupe haute dose contre 82 % dans le groupe dose standard (odds ratio [OR] = 0,64 ; IC95 % : 0,25-1,67). Aucune différence significative n’a été observée, que ce soit pour la gale croûteuse (OR = 0,34 ; IC95 % : 0,08-1,39) ou la gale profuse seule (OR = 2,14 ; IC95 % : 0,38-12,06). Aucun problème de sécurité spécifique n’a été identifié avec la dose de 400 μg/kg. Les événements indésirables cutanés (eczéma, irritations) étaient similaires entre les deux groupes.
Cette étude, la première de ce type pour la gale sévère, démontre que l’augmentation de la dose d’ivermectine à 400 μg/kg n’apporte pas de bénéfice supplémentaire. Les auteurs suggèrent que, contrairement aux poux de tête qui sont hématophages, Sarcoptes scabiei ingère du liquide interstitiel (lymphe), ce qui pourrait rendre le parasite moins sensible aux fortes concentrations plasmatiques d’ivermectine. Pour le dermatologue, ces résultats valident l’utilisation du schéma à 200 μg/kg (3 doses) associé à la perméthrine topique comme référence, ce qui permet d’atteindre environ 82 % de guérison dans ces formes complexes. Des stratégies alternatives, comme l’utilisation de la moxidectine (demi-vie plus longue) ou des applications topiques plus fréquentes, restent à explorer pour[...]
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