La dermatologie est aujourd’hui confrontée à une crise démographique profonde et durable, responsable d’un allongement critique des délais d’accès aux soins spécialisés. Au cours des dix dernières années, une diminution d’environ 30 % des actes de dermatologie remboursés par l’Assurance maladie a été observée, traduisant une diminution progressive, mais majeure, de l’offre de soins [1].
Dans ce contexte de tension croissante, des patients présentant des pathologies potentiellement graves, notamment des cancers cutanés ou des dermatoses inflammatoires sévères en phase de poussée, peuvent se retrouver confrontés à des délais d’attente incompatibles avec la gravité de leur situation clinique, pouvant atteindre plusieurs mois, voire plus d’une année, avant un avis spécialisé [2].
Afin de répondre à cette impasse organisationnelle sans augmentation des effectifs médicaux, notre service a mis en place un dispositif de consultations d’urgences dermatologiques programmées, reposant sur un tri structuré à distance. Nous rapportons ici le bilan des cinq premiers mois de fonctionnement de ce dispositif.
Matériel et méthodes
Le système des urgences dermatologiques programmées repose sur une messagerie sécurisée régionale agréée par l’Agence régionale de santé (ARS) : MonSisra. Les médecins adresseurs transmettent une demande standardisée comprenant un résumé clinique structuré, deux photographies cliniques (vue d’ensemble et vue rapprochée) et, lorsque disponible, une image dermoscopique. Les demandes sont analysées par un dermatologue senior, permettant soit une programmation rapide en consultation d’urgence, soit une réorientation vers un circuit classique (fig. 1). Le dispositif a été déployé à partir du 1er janvier 2025, après une phase pilote en décembre 2024. L’analyse porte sur la période du 1er janvier au 31 mai 2025.
Résultats
Au total, 755 patients ont été pris en charge, dont 405 femmes et 350 hommes, avec un âge moyen de 60,1 ans (± 21).
Les tumeurs cutanées représentaient le premier motif de consultation. Parmi les patients évalués, 189 (25,17 %) présentaient une tumeur maligne, incluant 31 mélanomes, 63 carcinomes épidermoïdes et 95 carcinomes basocellulaires. À ces cas s’ajoutaient 214 tumeurs bénignes, avec un ratio tumeurs malignes/tumeurs bénignes de 0,89 (fig. 2). Cette proportion élevée de tumeurs malignes suggère une bonne performance du tri en amont, en accord avec les données montrant l’intérêt des dispositifs de télé-expertise dermatologique pour l’orientation rapide des patients à risque [3].
Les dermatoses inflammatoires constituaient le deuxième motif de consultation (19,2 %), dominées par les dermatites atopiques, le psoriasis et[...]
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