Peau noire et maladies systémiques : repenser le concept d’érythème

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En 2021 paraissait dans le British Journal of Dermatology, sous la plume de dermatologues renommés, un court article préconisant l’abandon du mot “érythème” pour les descriptions dermatologiques [1]. Les auteurs soulignaient son imprécision, son ambiguïté et son inadaptation aux patients à peau foncée. “Imprécision” puisque le terme est appliqué indifféremment à toutes les nuances de rouge, du rose pâle au rouge brique, quand ce n’est pas le violet ou l’orange. “Ambiguïté”, parce que bien qu’il désigne en principe une rougeur due à une congestion des capillaires dermiques (ce qui explique l’effacement de l’érythème quand on comprime ou étire la peau), il est souvent utilisé à mauvais escient pour n’importe quelle rougeur.

Rigoureusement parlant, un “érythème qui ne s’efface pas à la vitropression” est un oxymore et l’inverse un pléonasme. Mais le terme est si galvaudé qu’il est difficile aujourd’hui de deviner s’il fait juste référence à la couleur, à une réelle congestion des capillaires ou encore, plus précisément, à une inflammation du derme. Inadaptation, enfin, aux peaux foncées : c’est le reproche principal qu’on peut faire à l’érythème.

La dermatologie moderne est née en Europe au XIXe siècle, avec des médecins à peau claire qui examinaient des patients à peau claire. Les descriptions cliniques de nombreuses maladies de la peau, quand ce ne sont pas leurs dénominations ou les scores de sévérité qu’on y applique, portent aujourd’hui encore la trace de cet “ethnocentrisme pigmentaire”. La sémiologie de la peau claire accorde une grande place à la rougeur, laquelle est beaucoup moins visible, ou très différemment, sur les peaux foncées. À l’inverse, elle prête beaucoup moins d’intérêt aux troubles de la pigmentation mélanique, souvent considérés comme des états séquellaires peu significatifs sur peau claire, alors qu’ils occupent une place essentielle dans la sémiologie et le retentissement des dermatoses sur peau foncée.

Après un tel réquisitoire, la cause de l’érythème semble entendue… Mais peut-on s’attendre pour autant à voir le mot disparaître du vocabulaire dermatologique ? Rien n’est moins sûr. À l’oral comme à l’écrit, l’érythème[...]

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À propos de l’auteur

Service de Dermatologie, Hôpital Saint-Louis, PARIS.